Le renseignement à Martel au début de la guerre de Cent Ans [1]

By Nicolas Savy

From: Bulletin de la Société des Etudes du Lot (2003)

Depuis les temps les plus reculés, le renseignement s’est avéré nécessaire à tous les chefs militaires pour mener à bien les opérations dont ils étaient responsables; le rôle qu’il tint durant les campagnes gauloises de Jules César apparaît clairement au fil des pages de la Guerre des Gaules ; peu après, Frontin, écrivain militaire romain du I° siècle, soutenait dans son stratagemata l’importance des méthodes « en sous main », tandis que trois siècles plus tard Végèce soulignait la nécessité, pour un général en campagne, d’être toujours en mesure de maîtriser l’évolution de la situation[2]. Si l’œuvre de Frontin n’a pas été traduite en français avant le XV° siècle, il en fut autrement des écrits de Végèce, conservés dans de nombreux manuscrits et objets de nombreuses traductions, certainement lues par beaucoup à la fin du Moyen Age[3].  Définir « le renseignement », en 1350 ou aujourd’hui, ne pouvait et ne peut être fait à l’aide d’une formule trop précise, aussi adopterons-nous par commodité une phrase du célèbre théoricien de la guerre moderne, Carl von Clausewitz, qui le définissait comme l’ensemble de la connaissance que l’on a de l’ennemi et de son pays, le fondement donc de nos plans et de nos opérations[4] ; nul anachronisme ici car le concept est universel, dans le temps et dans l’espace : le maître chinois Sun Tzu ne disait-il pas, au VI° siècle avant J.C., qu’un général qui n’était pas au fait de la situation réelle de son adversaire, ne méritait pas de commander, et qu’un capitaine avisé devait se procurer des informations sur l’ennemi ?[5]Quant à son utilité, on peut la résumer, quelle que soit l’époque, à ce triptyque mis en exergue dans le très contemporain manuel du sous-officier de l’armée française: « Etre renseigné, c’est éviter d’être surpris. Etre renseigné, c’est pouvoir assurer sa sécurité. Etre renseigné, c’est être à même de prendre des décisions permettant de porter des coups efficaces à l’adversaire »[6]. Ne pas être surpris par le cours des événements, assurer la sécurité des biens et des personnes et prendre les décisions nécessaires pour contrer les entreprises des compagnies anglo-gasconnes : c’est ce que les consuls de Martel ont essayé de faire en s’appuyant sur leur système de collecte du renseignement.

     Vers 1340, Martel était une ville jeune : implantée à un carrefour de route assez important, elle s’était constituée, semble-t-il, vers le milieu du XII° siècle autour d’une tour à l’ouest et d’un prieuré de Souillac à l’est[7] ; elle occupait –et occupe toujours- une éminence située à environ trois kilomètres au nord du cours de la Dordogne, à 25 kilomètres de Brive, 13 de Turenne et, à l’ouest, 32 de Sarlat ; sa population était suffisamment nombreuse pour accueillir un couvent franciscain, soit un effectif d’environ 1500 habitants[8] ; c’était une des principales cités de la vicomté de Turenne, dont le siège éponyme était relativement proche. Le gouvernement urbain était de type consulaire ; il comprenait quatre consuls secondés par un conseil de 22 membres, dont 10 provenaient de la ville intra muros, « de dins la vila », et les 12 autres des faubourgs, au nombre de quatre : de l’Eglise, de Creysse, de Souillac, de Brive, chacun représenté par 3 conseillers. De la même façon que dans les autres villes quercinoises, les habitants leur devaient obéissance pour le bien commun, et ils avaient sous leur autorité l’entretien et la construction des fortifications. C’est dans cette configuration que la communauté affronta les graves événements de la deuxième moitié du XIV° siècle. Les archives communales de Martel qui sont parvenues jusqu’à nous sont particulièrement riches en cahiers de comptes et de délibérations, ce qui nous a permis de réaliser la présente étude ; concentrée sur les années 1349-1356, elle s’appuie principalement sur les registres BB5 (délibérations 1344-1359) et CC3-4 (comptes 1349-1362)[9], qui présentent l’avantage de se compléter et de permettre ainsi des recoupements. Par ailleurs, nous précisons que nous avons utilisé les transcriptions de ces documents effectuées par monsieur Tibor Pataki.

     La prise de Bergerac par Derby en 1345 annonça l’irruption de la guerre de Cent Ans en Quercy : peu après le pays fut envahi par des troupes au service du roi d’Angleterre ; il pouvait s’agir de nobles opportunistes de la région ou de capitaines, principalement gascons, motivés par l’aventure et les profits faciles procurés par le pillage qui augmentaient de façon substantielle des soldes parfois très irrégulièrement payées. Rassemblés en compagnies d’effectifs et d’organisations variables, de la simple bande de pillards à la véritable petite armée, ils étaient très mobiles. Les villes étaient des objectifs tout désignés pour les compagnons[10] ; on pouvait s’approprier leurs richesses soit en les prenant de vive force, soit en les rançonnant : les compagnies ruinaient les cultures alentours, bloquaient les chemins, empêchant ainsi le ravitaillement de la population, et par là même asphyxiant le commerce urbain ; pour survivre, les cités n’avaient d’autre solution que de négocier des patis ou des suffertes, traités par lesquels elles s’engageaient à payer une certaine somme en échange de leur  tranquillité[11]. Bien entendu, les « Anglais »[12] ne manquaient jamais une occasion de prendre –ou du moins d’essayer- une ville mal défendue. Souvent, une cité devait supporter pendant des années les agissements d’une route[13] solidement installée dans un lieu fortifié de ses environs.

     Les consulats savaient leurs villes au centre des préoccupations de chaque capitaine ennemi ; responsables de la défense, ils devaient prendre toutes les mesures nécessaires sans pour autant paralyser la vie urbaine : des dispositions insuffisantes ou inadaptées pouvaient entraîner la chute de la cité ; trop d’hommes immobilisés sur les murs, c’était des activités économiques manquant de bras, nuisant ainsi à la richesse -toute relative après plusieurs années de guerre- de la ville et indirectement à celle que la municipalité tirait de l’impôt. Seule une bonne connaissance de la situation générale, mais aussi et surtout des faits particuliers concernant leur « théâtre d’opérations »[14], permettait aux conseils urbains de prendre des précautions justes et adéquates. Les informations recueillies à cet effet relevaient de trois domaines distincts : le premier concernait la place de la ville par rapport à l’ensemble des événements de la guerre ; le second avait trait à la situation « tactique » en cours dans la province ;enfin, en dernier lieu, on cherchait à déceler l’imminence d’une action hostile, de façon à déclencher l’alarme le plus tôt possible.

I - La connaissance de la situation générale

     Malgré le caractère limité dans le temps et dans l’espace de la majeure partie des opérations militaires, au Moyen Age en général[15] et pendant la guerre de Cent Ans en particulier, il importait que les décisionnaires municipaux puissent situer leur action au sein du mouvement d’ensemble suivi par le conflit. Or, les relations entretenues avec le pouvoir central étaient assez distendues : généralement les municipalités recevaient leurs directives des officiers royaux[16] de la région et, du fait de la lenteur des moyens de communication mais aussi et surtout de l’incertitude des chemins en temps de guerre, ne disposaient que d’informations limitées sur les activités militaires et diplomatiques concernant l’ensemble du royaume. Quant au roi et ses principaux officiers, ils ne pouvaient envoyer des messagers informant toutes les villes du royaume sur leurs intentions, sur les victoires de l’ennemi, etc…pour d’évidentes raisons de sûreté, de propagande et plus simplement d’insuffisance de moyens. Les renseignements concernant la situation générale qui aboutissaient à Martel étaient de provenances diverses : en premier lieu arrivaient ceux fournis par les officiers royaux de la province, que l’on imagine orientés suivant les besoins du pouvoir, les consuls ne devant certainement être tenus au courant que des principales opérations militaires menées par le roi de France[17]. Ensuite venaient les rumeurs colportées par les marchands, les pèlerins ou les simples vagabonds : informations dont le fond de vérité -lorsqu’il existait- devait souvent se perdre dans le pathétique ou le merveilleux au fur et à mesure du parcours de bouches à oreille ; parfois ces bruits faux ne devaient rien au hasard, car il s’agissait de manœuvres d’intoxication mises en œuvres par les différents protagonistes[18].

      Les dirigeants martellois devaient nécessairement avoir recours à d’autres sources pour démêler les écheveaux de données contradictoires, incertaines et incomplètes qui leur parvenaient régulièrement. L’élaboration du « panorama stratégique » de la situation s’appuya principalement sur les informations obtenues par différents envoyés, qui se rendaient à Paris, Avignon, Toulouse ou Limoges pour d’autres besoins que le renseignement, comme les convocations aux états ou au parlement ou encore plus simplement l’achat d’armement[19] : ils avaient alors l’occasion de s’approcher de l’entourage de personnages de haut rang et de là s’enquérir des derniers événements. Ainsi, après avoir rencontré à Toulouse le secrétaire du comte d’Armagnac durant l’été 1356, W. Lespinassa dépêcha un valet aux consuls pour leur transmettre les nouvelles qu’il avait obtenues[20]. Les émissaires du consulat pouvaient aussi compter sur les Martellois expatriés dans les grands centres urbains, car ils étaient en mesure non seulement d’apporter une aide pour présenter et négocier les affaires de la ville, mais aussi de donner des éclaircissements sur des rumeurs plus « fraîches » que celles qui aboutissaient à Martel,  car recueillies au plus près des sources. Il pouvait s’agir de marchands, dont les activités et la mobilité donnaient un accès plus aisé aux informations d’ordre militaire ; les religieux se révélaient parfois d’une grande utilité, en raison du caractère international de leur vocation[21]. Ces contacts extérieurs apparaissent clairement vers la mi-août 1358, lorsqu’il est demandé à Aymar de Cahors d’aller à Paris pour présenter l’état de la ville devant le parlement, et pour ce faire de requérir l’aide de tous les compatriotes présents sur place[22]. Le tableau dressé à l’aide des renseignements recueillis au plus près du roi de France, de ses grands officiers et plus généralement issus de sources « françaises », était complété par des données en provenance de la Guyenne anglaise et de ses alentours nord : les consuls recevaient des nouvelles depuis Libourne[23], aux mains des Anglais, mais aussi depuis La Rochelle, ville française[24] .

     Il serait certainement inexact de parler d’une volonté toujours délibérée, de la part du consulat de Martel, d’employer des hommes et des moyens spécifiques à la collecte de renseignements dans le but de connaître la situation « stratégique » du conflit : seule, la mention du paiement du valet envoyé à Libourne en 1356 précise qu’il allait y chercher « totas noelas dels enemixz », qui lui seraient données par Gari Vidal[25]. Toutefois, la recherche d’informations devait être partie intégrante de tous les types de voyages, missions et députations diverses effectuées pour le service de la ville, qui amenaient des citoyens à se rendre loin de Martel, en particulier dans les grandes cités où les activités économiques et diplomatiques étaient intenses, telles Paris et Avignon. Les données recueillies permettaient aux consuls de se fabriquer une « représentation mentale » de l’étendue du conflit au plus près de la vérité, nécessaire pour conduire la défense de la ville dans une guerre dont les limites spatiales devaient leur échapper, ainsi que nombre d’aspects politiques.

    Les hommes qui partaient au loin, à plus de 150 kilomètres[26], appartenaient au monde consulaire[27], car les missions dont ils étaient chargés nécessitaient des hommes sinon instruits, du moins au fait des affaires de la ville ; certains parcouraient le royaume sur de grandes distances, tel Gari Vidal qui voyagea à Avignon et en Saintonge en 1352[28], et que l’on retrouve séjournant à Libourne quatre ans plus tard[29]. Ces envoyés recevaient une indemnité assez importante pour leur frais de voyage : en 1351, Aymar de Bessa et Guy de Cahors dépensèrent chacun l’équivalent du salaire de 200 journées d’un manœuvre employé aux fortifications, pour effectuer un voyage dans la cité papale[30]. Un autre exemple peut quelque peu préciser l’ordre de grandeur de ces dépenses : peu avant, des députés de la ville se rendirent à Cahors pour demander conseil sur ce voyage à destination de la cour du pape ; pour leurs dépenses de bouches et celles de leurs bêtes, leurs frais s’élevèrent à plus de cinq livres chacun, soit une quarantaine de « journées de manœuvres », c’est à dire quarante jours de travail aux fortifications[31]. A ces sommes il fallait ajouter le loyer des chevaux, parfois des ânes, loués pour le transport. Depuis Paris ou La Rochelle, les nouvelles étaient transmises par des lettres[32] portées par des valets[33]. En 1355, on payait entre 10 et 20 sols pour un valet envoyé à Paris[34], soit l’équivalent de 7 à 13 journées de manœuvre[35] ; L’année suivante un valet en provenance de la même ville fut gratifié d’une somme de 20 sols, soit un écu[36] correspondant à une quinzaine de journées de manœuvre[37]. En plus des paiements au départ et à l’arrivée, les hommes chargés de porter les nouvelles recevaient un viatique, assez important semble-t-il, afin de subvenir aux frais engendrés par leurs voyages : le valet de W. Lespinassa, en provenance de Toulouse, s’était fait dérober sur le chemin la valeur de six écus à 20 sous l’écu, soit six livres[38] qui représentaient 60 « journées de manœuvre »[39]. Dans l’exemple cité ici, il est à noter que l’argent volé au valet lui fut remboursé, mais qu’il ne reçut pas l’habituelle gratification que chaque coursier obtenait normalement au point d’arrivée de son périple.

     En provenance de villes lointaines telles que Paris, il semble que la règle ait été de transmettre les nouvelles par lettres. En revanche, sur des distances plus courtes, les valets devaient parfois apprendre par cœur le contenu du message qu’ils devaient transmettre, afin d’éviter le risque qu’il tombe entre de mauvaises mains : l’homme chargé par W. Lespinassa de porter aux consuls les nouvelles, obtenues par lui auprès du secrétaire du comte d’Armagnac à Toulouse, fut, nous l’avons vu ci-dessus, détroussé en chemin ; le compte qui nous rapporte l’incident ne fait pas état du vol d’une quelconque lettre[40], alors que les consuls connaissent la substance du message, ce qui implique sans aucun doute que le valet l’avait transmis oralement. Dans une lettre envoyée aux consuls depuis Bordeaux à propos de leur rencontre avec le duc de Lancastre, Aymar del Riu et Ponset Guibert, députés de la ville, restaient très généraux mais précisaient que des explications seraient données par le porteur de la lettre[41] ; les valets utilisés pour ces missions ne devaient pas être de simples hommes à tout faire, mais des garçons doués d’une certaine intelligence ou tout au moins d’une bonne mémoire. Ces qualités étaient aussi nécessaires pour voyager sur de longues distances : trouver sa route, éviter les traquenards de sortie d’auberge, etc…

II - La recherche directe de l’information sur le plan local

a - le renseignement tactique.

     Bien plus que la connaissance de la situation générale, les recherches effectuées localement étaient indispensables pour mettre en sécurité les biens et les personnes de façon efficace ; les consuls devaient être en mesure de connaître une éventuelle action hostile de l’ennemi suffisamment tôt, afin de pouvoir mettre en œuvre les dispositifs de préservation et de défense : il fallait battre le rappel des paysans habitant villages et hameaux alentours, et laisser à ceux-ci le maximum de temps pour amener leur bétail à l’abri derrière les murailles, mais aussi pour rentrer d’éventuelles récoltes ; il était nécessaire de renforcer, au moins sommairement, les fortifications légères faites de palissades ou d’épineux, mettre en place les barricades mobiles[42], réviser et parer rapidement toute l’artillerie à balancier[43] et préparer la poudre des canons[44]. De plus, la défense des cités ne se limitait pas à celle du périmètre urbain, car les consulats accordaient une attention particulière aux lieux fortifiés situés aux alentours afin de se garantir une sorte d’espace de sécurité, un glacis défensif : s’ils venaient à être menacés, ils devaient recevoir des renforts, aussi bien en hommes qu’en matériel. Force est de constater que pour mettre entièrement la ville en état de défense, plusieurs heures étaient nécessaires. Pour se donner ce délai, les édiles municipaux essayaient d’obtenir le maximum d’informations leur permettant d’anticiper les manœuvres des troupes anglo-gasconnes.

     Le recueil des renseignements n’était pas effectué au hasard, et à chaque homme envoyé courir le pays correspondait une ou des lacunes à combler, dans la connaissance qu’avaient les consuls de l’ennemi. La recherche de certaines données dépendait de leur seule initiative : lorsque la présence d’une troupe ennemie dans une zone était soupçonnée, voire attestée mais que l’on ne savait ni sa position, ni ses effectifs, etc… on envoyait un espion[45]chargé de rapporter des précisions[46], afin de savoir à quoi s’en tenir dans ce secteur ; quant aux compagnies installées depuis quelques temps dans les parages, elles étaient surveillées en permanence : on s’inquiétait de leur « état »[47]du moment, c’est-à-dire de leurs activités, de leurs éventuels préparatifs de chevauchée… Enfin les consuls se tenaient au courant du déroulement des opérations en cours[48]. Des recherches aux objectifs plus détaillés correspondaient parfois à une crainte des dirigeants fondée non sur l’ennemi, mais sur l’état de la défense urbaine : en 1355, alors qu’une partie des défenseurs de la ville s’était rendue au siège de Lostanges[49], les magistrats s’inquiétèrent de savoir si aucun regroupement d’Anglais n’était en train de s’opérer, en vue de profiter de la faiblesse momentanée de la ville[50]. Les consuls ne se focalisaient pas sur les bandes anglo-gasconnes, car, soucieux d’avoir la vision la plus large et complète possible, ils envoyaient aussi des hommes prendre des informations sur l’état du « pays », terme vague qui devait probablement recouvrir plusieurs réalités : état et moral des différentes places alliées ou non, situation économique, etc…En dehors de ces prospections déclenchées à la seule initiative des magistrats, d’autres missions pouvaient être confiées aux espions de la municipalité, en réaction et afin de déterminer le degré de dangerosité d’une situation particulière nouvelle, dont on avait pris connaissance par la rumeur ou par un quelconque envoyé. Ainsi, on cherchait à obtenir des détails sur la prise de tel ou tel point fort[51], à connaître l’itinéraire emprunté par un détachement anglais[52], où encore les renforts reçus par l’un d’entre eux[53] ; enfin, lorsque l’on apprenait qu’une troupe avait franchi la Dordogne, on s’empressait systématiquement de savoir si Martel était le but de sa chevauchée[54].

     La zone couverte par les recherches était assez étendue, certaines étant parfois effectuées jusqu’à Excideuil[55], à plus de 62 kilomètres ; toutefois, la répartition des missions entre 1349 et 1356 montre que les investigations n’étaient pas également distribuées dans un cercle d’autant de kilomètres de rayon ayant Martel pour centre. En effet, la collecte se déroulait principalement sur l’arc ouest de la ville, qui recevait plus de 40 % des « agents », dont 27 % uniquement pour Sarlat. Le nord était la deuxième direction de recherche avec plus de 22 % dont environ 8,5 % à destination de la seule ville de Brive. Durant cette période, le sud n’a reçu qu’une seule mission de renseignement, tandis que pour l’arc Est le chiffre se montait à 8, soit environ 10 % du total. Ces nombreux chiffres ne doivent pas masquer le point essentiel, c’est à dire la prédominance des missions en direction de l’ouest et de Sarlat en particulier : c’est principalement par la vallée de la Dordogne qu’arrivaient les troupes en provenance de la Guyenne anglaise. Hormis pour deux, peut-être trois villes, comme Excideuil citée supra, les espions n’étaient pas envoyés au-delà d’une cinquantaine de kilomètres, soit une journée de marche ; la zone où l’intensité des recherches était la plus grande se situait au-delà d’une vingtaine de kilomètres, soit environ une demi-journée de marche, où plus de 57 % des espions étaient envoyés, le secteur en deçà n’en recevant que 37 %.

     Tous les « agents » employés par la ville n’opéraient pas de la même façon : une partie était désignée dans les comptes sous le terme « espion », ou leur mission qualifiée par le verbe « espionner » : derrière ces mots semble se trouver, principalement, une manière de procéder où l’homme se dissimulait physiquement des vues de l’ennemi pour l’observer à son insu : ainsi, si la majorité des mentions de missions est vague, telles que  « savoir l’état et la position des ennemis »[56], d’autres sont plus précises : ainsi on trouve que des espions « allèrent plusieurs fois entre les ennemis à Beaulieu et à Souillac (alors aux mains des Anglais) »[57], ou encore que des valets furent envoyés « espionner les Anglais qui passaient » à plusieurs endroits[58]. Une autre façon d’opérer se rapprochait plus de notre conception moderne de l’espion : des hommes étaient envoyés dans telle ou telle autre ville pour « savoir (apprendre) des nouvelles des ennemis »[59] ; ils devaient probablement poser des questions, peut-être acheter des réponses, bref glaner ça et là toute information utile. Leur activité devait cependant différer notablement selon qu’ils agissaient dans une ville acquise au parti français ou aux mains des partisans du roi d’Angleterre : des valets étaient aussi bien envoyé à Sarlat ou à Gourdon, qu’à Costeraste[60] où commandait le célèbre routier Aymar d’Uchel ; si dans les premières il est probable qu’ils ne prenaient pas la peine de se dissimuler sous un quelconque déguisement,  ils devaient en revanche pénétrer dans la seconde avec l’habit du manœuvre en quête d’embauche, voire celui du pèlerin ou encore du vagabond : en ces temps de guerre et de déplacements de population, il était assez aisé de passer inaperçu parmi les réfugiés et autres déracinés. Pour les hommes envoyés dans quelque point fort aux mains des Anglais, il était aussi explicitement ordonné de se mêler aux soldats ennemis pour apprendre leurs intentions[61]. Quel que soit le mode opératoire choisi, les espions de Martel travaillaient seuls, parfois à deux, très rarement plus.

    Les deux facteurs évoqués supra, distance des lieux de mission et façon d’opérer, permettent de déduire que la durée des missions était relativement courte : la majeure partie des objectifs se trouvaient entre une demie et une journée de marche, et les méthodes de récolte de renseignements n’impliquaient pas une longue immersion parmi les ennemis, les « couvertures » étant aisées à fabriquer : un déguisement, des dires quasi invérifiables suffisaient. Cette impression est confirmée par quelques mentions trouvées dans les registres, qui font effectivement état de missions courtes : G. la Vaichaque fut envoyé à Beaulieu espionner les hommes d’armes du duc de Lancastre, et s’acquitta de sa tâche en 4 jours[62] ; quelques temps plus tard, il effectua un travail similaire, au même endroit, en 1 jours de moins[63]. La peur de voir « l’espion » passer à l’ennemi était peut-être un autre facteur favorisant la courte durée des missions : à trop côtoyer les « compagnons », le petit valet, même choisi avec soin, aurait pu finir par trouver la vie d’aventure attrayante et rejoindre la troupe qu’il était censé surveiller, voire plus simplement de lui vendre son savoir ; il aurait alors fortement aggravé les menaces qui guettaient la ville.

     Il est assez difficile de déterminer quels critères présidaient au choix des hommes chargés des « missions de renseignement » ; toutefois les textes nous livrent des éléments permettant d’éclairer un peu la question. En premier lieu, les comptes désignent généralement les hommes effectuant ces tâches sous les termes génériques « d’espion » ou de « valet », à quelques exceptions près ; parmi celles-ci apparaît Raymond de Cassinhac dit « Bilhabau », sergent et quelque peu « homme à tout faire » du consulat : on le retrouve garde à la tour[64], messager et…bourreau : officier consulaire, il semble de plus qu’il était un personnage marquant dans la vie quotidienne de Martel, ce qui explique qu’il soit nommément cité. D’autres personnes voyaient leurs noms inscrits sur les comptes, avec la mention de la mission qu’ils avaient effectuée : ils étaient socialement plus élevés que Bilhabau, tel Bertrand lo Surgia, probablement chirurgien et en tous cas qualifié de « maître »[65], ou encore Pierre de Rozie, conseiller du consulat, notamment en 1345[66]et en 1356[67], et enfin P. de Sanht Iriehs (Saint Iriex) le Jeune, à n’en pas douter parent du conseiller P. de Sanht Iriehs le Vieux[68]. Ces quelques détails permettent d’affirmer que la majorité des hommes employés aux besognes d’espionnage et de renseignement étaient des « petits », valets ou hommes de main ; ils étaient choisis parmi les hommes jeunes capables de courir le pays, et devaient posséder les qualités indispensables à leur tâche, à savoir vivacité d’esprit et finesse de jugement. Utiliser des personnes modestes présentait deux avantages : d’une part ils étaient rémunérés modérément en accord avec leur condition ; d’autre part, capturé par des routiers au cours d’une mission, la rançon nécessaire à leur libération était bien inférieure à celle que l’on aurait exigée pour un bourgeois. Des membres du monde consulaire étaient pourtant parfois employés : sans doute choisis sur les même critères physiques et intellectuels que les valets, ils devaient être chargés de tâches délicates ou devant être tenues à un niveau supérieur de secret.

     La façon dont était calculée la rémunération de ces espions est assez floue, car on n’en trouve aucune mention explicite. Plusieurs recoupements semblent toutefois mettre en évidence le fait que la distance à parcourir pour effectuer la mission en constituait la base : ainsi en 1351, le rapport des paiements ramenés au kilomètre de trajet à vol d’oiseau se situe entre 4,8 et 6,2 deniers par kilomètre, hormis deux exceptions, la première étant peut-être sujette à caution. En effet, le registre mentionne l’envoi d’un valet à Sarlat et à « Salanhac »[69] : s’il s’agit de Salagnac[70], le rapport du paiement de 10 sous à la distance Martel-Sarlat-Salagnac est de 3 deniers par kilomètre ; en revanche s’il s’agit de Salignac[71], il passe à 5,8 et devient plus conforme à la tendance observée. L’autre exception est un rapport de 9,6 deniers par kilomètre pour un valet envoyé à Brive[72]. Le salaire moyen d’un manœuvre se situait cette année là aux alentours d’un sous et 4 deniers : un espion gagnait approximativement la même chose, 1 sous 8 deniers,  lorsqu’il parcourait 4 kilomètres soit environ une lieue. Pour l’année 1356, les résultats oscillent entre 2,8 et 5 deniers au kilomètre, avec une exception à 9[73] : l’espion devait alors parcourir entre un peu plus d’une lieue et un peu plus de deux pour gagner l’équivalent du salaire quotidien moyen d’un manœuvre, 2 sous et 2 deniers[74]. Les années 1350 ont vu de très nombreuses dévaluations monétaires, et le mouvement des salaires fut largement influencé par le manque de bras consécutif aux épidémies de peste : leur amplitude d’un mois sur l’autre était parfois très importante, ce qui relativise énormément la notion de « salaire moyen sur l’année » ; toutefois, des éléments pris ponctuellement dans les comptes de 1355[75] confirment l’équivalence approximative entre une lieue parcourue et une journée de manœuvre, à condition que la destination soit au-delà d’une distance de 2 lieues. A cette base de calcul devait être adjoints d’autres facteurs, comme le franchissement d’une rivière, le degré de dangerosité ou le type d’informations à obtenir.

b-Le renseignement d’alerte.

     La connaissance de la situation « tactique » de la province était indispensable pour connaître l’ennemi, prévoir ses actions, et de là prendre des dispositions d’ordre général pour la défense proprement dite. En revanche, la défense de la ville ne pouvant être laissée en permanence à son degré maximum de mobilisation, il était primordial de ne sonner le tocsin pour faire monter l’ensemble des combattants sur les fortifications qu’au moment opportun. Pour les consuls de Martel, il y avait lieu de craindre un assaut si des ennemis se trouvaient vers Meyronnes, Murat ou à Maynades, à environ une heure de course des murs d’enceinte ; si une troupe se trouvait en deçà de cette distance, il devenait évident que le risque couru par la cité était majeur. Ainsi, lorsque parvenait aux consuls une information indiquant la présence éventuelle d’Anglo-Gascons dans les parages, ils envoyaient des espions pour en avoir confirmation, de façon à mettre la ville et sa population sur le pied de guerre. Si leur présence était certifiée, on essayait parfois d’obtenir des renseignements complémentaires, comme, par exemple, la direction empruntée[76].

     Les espions chargés des missions de proximité étaient généralement envoyés « hors de la ville »[77], sans plus de précision ; les comptes mentionnent dans ces cas précis l’emploi, à priori simultané, d’au minimum trois hommes : par exemple en 1355, ils indiquent un paiement de 4 sous « pour 3 espions qui furent envoyés hors de la ville, quand nous vinrent des nouvelles que les Anglais étaient autour de nous »[78]. Dans ce cadre, à chaque espion devait correspondre une partie du pourtour de la ville, dans laquelle il devait rechercher la présence d’ennemis. Il est possible qu’occasionnellement des espions aient été amenés à travailler en équipe de deux dans des zones restreintes, ainsi que le laissent supposer deux mentions : en 1355, deux hommes furent envoyés vérifier que des Anglais se trouvaient à la rivière Saint-Michel[79]; l’année suivante, en septembre, deux autres furent dirigés vers le bois du Mathio afin de voir si des ennemis y étaient embusqués[80]. Quel que soit le nombre d’hommes envoyés, ils opéraient tous dissimulés physiquement aux yeux de l’ennemi, ainsi que le suggère l’emploi quasi systématique dans les comptes du terme « espion » pour désigner les hommes chargés de ce type de mission : les assaillants avaient tout intérêt à les capturer, les dirigeants de la place convoitée pouvant être gravement handicapés s’ils ne recevaient pas les renseignements escomptés ; en outre, la tâche des espions consistait, ici, essentiellement à fournir au consulat des informations pouvant aider à la conduite immédiate de la défense : déguisements et autres subterfuges du même registre n’étaient pas employés, les missions étant trop courtes pour cela. La majeure partie de ce type de missions se déroula de nuit, moment favorable s’il en est pour la dissimulation ; il est cependant quasiment certain que cet espionnage nocturne n’était pas dû à l’initiative des consuls, et qu’il n’était qu’une adaptation à la façon de procéder des compagnies : en effet, celles-ci devaient régulièrement essayer de profiter des avantages procurés par la surprise d’une attaque conduite de nuit ou à l’aube. Les hommes lancés dans la nuit pour déceler les mouvements d’une troupe rôdant près de la ville ne devaient déambuler que quelques heures, car pour être efficaces, les informations recueillies devaient être transmises aux consuls le plus rapidement possible.

     Nous avons vu que les hommes désignés pour les missions de proximité étaient presque toujours désignés par le terme « espion », plus rarement par « homme » : il est ainsi difficile d’établir qui ils étaient et dans quel milieu ils étaient recrutés, si tant est qu’il y ait eu une règle pour cela. Pour quelques-uns il a été possible de faire la correspondance avec les salaires quotidiens des manœuvres employés par le consulat : on s’aperçoit que ces investigations étaient peu payées, parfois moins du tiers d’une journée, le plus souvent entre le quart et le huitième, assez rarement au-dessus. Ici encore, les hommes employés à ces besognes étaient certainement des « petits », bien que rien ne permette de l’affirmer formellement, et leur rémunération avait certainement le caractère d’une indemnité.

    La recherche active du renseignement, dirigée par les consuls de Martel procédait de trois buts distincts : le premier servait à situer la ville dans l’espace et le temps par rapport aux acteurs principaux du conflit ; le second consistait à acquérir la connaissance la plus complète possible de l’ennemi local afin d’anticiper ses manœuvres hostiles et enfin, une fois ces dernières engagées, le dernier type d’informations recueillies permettait d’ajuster au mieux les dispositifs défensif en tenant compte des articulations et des plans de l’assaillant. De ces objectifs découlaient un certain nombre de « méthodes opératoires » : les informations glanées au plus loin n’étaient pas vitales, aussi leur recueil n’a généralement jamais été qu’une mission secondaire des divers envoyés qui voyageaient pour le compte de Martel ; plus près, il n’était pas nécessaire de s’infiltrer de longues semaines au milieu d’une place ennemie pour récolter des données satisfaisantes, une journée ou une nuit suffisait généralement. De surcroît, il était souvent suffisant de musarder dans la campagne, ou de vagabonder dans une quelconque bourgade pour apprendre l’essentiel des faits et gestes de chaque compagnie implantée dans les parages. Cet ensemble de faits porte à penser que les « agents infiltrés » étaient assez peu nombreux. Le renseignement «d’alerte », s’ils faisaient partie de la collecte générale du renseignement, était aussi et surtout un des éléments de la défense des murs proprement dite, car il influait directement et immédiatement sur la façon de mener cette dernière.

III - La collecte indirecte et le partage du renseignement

a)La collecte inhérente aux activités habituelles.

     La collecte d’informations utiles à la défense n’était pas uniquement le fait de la municipalité martelloise, on retrouve des systèmes similaires au sein de plusieurs villes du haut Quercy. Chaque pouvoir urbain disposait donc d’informations qui s’avéraient souvent utiles à l’ensemble de ses homologues ; il en allait de même avec les capitaines commandants les garnisons « françaises », ainsi qu’avec les divers châtelains. L’intérêt que tous ces acteurs pouvaient trouver à échanger les données en leur possession est évident : ils multipliaient leurs connaissances sur la situation et sur l’ennemi, ce qui augmentait considérablement leurs capacités à se protéger, et ce pour un rapport efficacité-prix extrêmement intéressant. La manière dont les données étaient échangées correspondait -schématiquement- à la manière dont elles étaient recueillies. Ainsi, les renseignements concernant la situation générale, les éléments tactiques et enfin les alertes n’étaient naturellement échangées ni au même moment, ni au même endroit, ni dans les mêmes conditions.

     Les autres villes du Quercy recueillaient des informations à Paris, Toulouse où dans les autres grandes cités du royaume d’une façon semblable à celle utilisée par Martel, à l’aide de leurs députés et autres envoyés. Il s’agissait d’informations complexes, et qui rassemblées représentaient des déroulements longs, difficiles à transmettre par oral ou par écrit. L’occasion la plus favorable à la récolte d’informations auprès d’autres municipalités ou de nobles était constituée par les convocations aux états. Hormis celle de 1343 qui eut lieu à Paris et où les bonnes villes quercinoises furent convoquées[81], elles eurent ensuite généralement lieu à Toulouse, lorsqu’il s’agissait des Etats du Languedoc, à Cahors ou Figeac pour les seuls Etats du Quercy. Que le but des réunions ait été spécifiquement militaire ou non, comme la décision d’un subside, les députés ne devaient pas manquer de discuter et de s’entretenir en marge des séances, chaque conversation apportant son lot de nouveautés ou de précisions. Les consuls de Martel recevaient donc quelques éléments de ces nouvelles par lettres[82], en attendant les comptes-rendus oraux que faisaient les députés au moment de leur retour.

     D’une façon générale, tous les déplacements effectués pour le compte de la municipalité de Martel vers d’autres villes de la région représentaient des occasions particulièrement favorables à la collecte de renseignements : des allées et venues étaient nécessaires pour régler les affaires juridiques auprès des cours compétentes, discuter de questions fiscales avec un officier royal, ou bien encore demander conseil à des hommes expérimentés dans un domaine quelconque. Si plusieurs villes abritaient hommes et administrations compétentes pour satisfaire l’un ou l’autre de ces besoins, voire plusieurs d’entre-eux, seule Cahors les centralisait tous. Le consulat martellois y envoyait le produit de certains impôts[83], y menait des procès[84], et, en 1351 notamment, y consultait un conseiller[85]. De la sorte, la capitale quercinoise drainait vers elle des envoyés de toutes les communautés de la province,  ainsi que des nobles et des membres du clergé ; chacun d’entre eux arrivait en possession d’informations qu’il laissait, qui aux consuls cadurciens, qui à un avocat, un notaire, un prêteur ou encore, certainement, à quelque aubergiste. Il n’était donc point besoin pour les mandataires martellois de s’entretenir avec leurs homologues pour apprendre une grande partie de ce qu’ils savaient : rencontrer quelques personnages-clés suffisait pour être mis au courant de l’essentiel. Cette catégorie de source d’information, fournie par les différentes députations, devait toutefois considérablement se tarir sitôt que les compagnies interdisaient, par leurs activités, toute circulation sur de grandes étendues : la peur de la capture, du vol et de la rançon devaient dissuader les bourgeois de courir les chemins.

     Au cours des périodes d’intense activité des bandes anglo-gasconnes, un seul cas de figure permettait aux villes de s’échanger directement et aisément des renseignements par voie de députés : lorsqu’un point fort avait été pris par l’ennemi et que l’on se réunissait pour discuter du prix de son rachat. Le consulat de Martel envoya en 1352 des représentants à Figeac, afin de savoir si les autres communes souhaitaient contribuer au rachat de Souillac, dans lequel elle était particulièrement intéressée[86] ; l’année suivante il fit de même à Brive, où le jeune seigneur de Pon organisait la levée indispensable au rachat de « Pela Vezi »[87]. Dans le premier cas, c’est trois personnages consulaires, W. Vassal, Gary Vidal et Raymond Guisbert qui se rendirent à Figeac ; ils devaient bénéficier de sauf-conduits établis par les Anglais, sans quoi il est peu probable que des hommes aussi importants auraient pris le risque de se faire prendre. Les chefs de bandes savaient qu’ils avaient tout intérêt à ce que les levées se passent dans de bonnes conditions, ce qui explique les sauf-conduits. Ces réunions permettaient naturellement aux délégués d’obtenir des informations de première importance, fraîches et non déformées par les intermédiaires, alors que les circonstances étaient critiques.

b)La collecte indirecte

     Consulats et nobles avaient tout intérêt à partager les renseignements qu’ils possédaient, que ce soit de façon spontanée ou pour répondre à une demande émanant de l’un ou de l’autre : on entretenait ses voisins sur la situation des ennemis et sur les éventuelles actions hostiles qu’ils menaient ou étaient sur le point de mener, espérant en retour être mis au courant de la même façon lorsque cela serait utile. Il en résultait un système de réciprocité des échanges auquel tous participaient. Chaque municipalité, châtelain mais aussi simple particulier, était naturellement mieux informé sur ce qui se passait dans son voisinage qu’ailleurs : pour connaître la situation dans une zone donnée, il était plus efficace d’aller questionner directement l’allié qui y était installé, que d’essayer soit-même de se procurer les informations désirées. Ce système d’échange se faisait par messager interposé, un même homme apportant la demande, écrite ou orale, et ramenant la réponse à l’expéditeur.

    Les principaux partenaires de Martel, pour le renseignement, étaient les autres consulats de la région : Sarlat, Brive, Gourdon, Figeac et plus près Beaulieu. Toutefois on peut noter une exception plus lointaine, Aurillac, ville avec laquelle il semble que les rapports aient été constants[88]. Venaient ensuite les nobles et capitaines tenant les points forts situés dans un voisinage plus ou moins proche : Turenne, Belcastel[89], Castelnau, Rignac et Maynades. Enfin, les consuls faisaient appel aux connaissances de leurs concitoyens installés pour un temps dans une autre ville : en 1352, on demanda à R. de Charros, qui se trouvait à Domme, des informations sur l’état du pays[90] et trois ans plus tard c’est à Aymar Ros, à Carlux, à qui l’on s’adressait pour obtenir des données sur l’ennemi[91].

tableau 1 : destinations des messagers envoyés par Martel.

D’après Arch. Mun. Martel CC3-4.

20 km ou moins

21 à 50 km

51 à 90 km

total

distance de Martel

46

45

3

94

nombre d’agents

48,93

47,87

3,19

100

%

19

9

2

30

nombre de lieux

63,33

30

6,66

100

%

 

tableau 2 : provenance des messagers reçus à Martel.

D’après Arch. Mun. Martel CC3-4.

20 km ou moins

21 à 50 km

51 à 90 km

total

distance de Martel

9

21

5

35

nombre d’agents

25,71

60

14,28

100

%

4

6

3

13

nombre de lieux

30,76

46,15

23,07

100

%

     Le nombre d’agents affectés à la correspondance entretenue par les consuls, ainsi que la localisation des différents destinataires et expéditeurs permettent de préciser quelque peu la façon dont fonctionnait le système d’échange d’informations. Sur les tableaux 1 et 2, on peut observer qu’au delà de 51 kilomètres, soit une très grosse journée de marche[92], les rapports entretenus par Martel étaient peu soutenus ; le tableau 1 montre qu’ils s’intensifiaient au fur et à mesure que l’on se rapprochait de la ville, d’abord au delà d’une demi-journée de marche (21 km), puis en deça : cette intensification n’était pas le fait du nombre de courriers, plus ou moins identique entre ces deux affectations, mais du nombre de sources qui était multiplié par deux, passant de 9 à 19, ce qui permettait non seulement de diversifier l’origine des renseignements, mais aussi de mettre en place un sorte de « maillage » de l’espace situé à moins d’une demi-journée de marche.

          Un simple regard sur les effectifs des deux tableaux met en évidence le déséquilibre existant entre le nombre de messagers envoyés (tableau 1) et celui des courriers reçus (tableau 2) ; il s’explique assez aisément : dans les comptes, tous les messagers expédiés par Martel sont mentionnés, quelque soit le type de lettre ou de message qu’ils transportaient, car ils étaient tous rémunérés par la municipalité ; en revanche, on ne trouve mention dans ces même comptes que des paiements -en fait des gratifications- faits à des courriers originaires d’autres villes qui apportaient des messages utiles à la défense de Martel, généralement des nouvelles ayant trait à la situation des compagnies ennemies. Quant aux messagers que s’envoyaient Martel, Sarlat, Gourdon ou les autres localités de la région les unes vers les autres pour se demander des informations, ils ne recevaient pas de gratifications des destinataires, réservées à ceux apportant des renseignements, ce qui explique leur absence des comptes. Sur le tableau 2, le faible nombre de messagers en provenance des lieux situés à moins de 20 kilomètres fait le pendant au nombre important de ceux qui y étaient envoyés (tableau 1) : ces derniers suffisaient  à entretenir des flux intenses d’informations entre la ville et ses satellites ; toutefois les bourgs peu éloignés prenaient soin, lorsque c’était nécessaire, d’avertir les magistrats d’un risque soudain et majeur. D’une manière générale, il semble que Martel ait été la principale source de diffusion du renseignement militaire pour les localités situées à quelques heures de marche : les consuls répondaient aux demandes d’informations émanant des lieux fortifiés des proches alentours, à moins de 12 kilomètres[93], mais le plus souvent ils les tenaient naturellement au courant de ce qu’ils savaient, et se concertaient par courriers interposés avec leurs dirigeants pour aviser de la garde de ces lieux[94].

     La ville ne correspondait pas avec la même assiduité avec tous ses partenaires : le consulat envoyait 36 % de ses messagers en direction du nord, principalement vers Turenne (plus de 15%) et Brive (13%). Chef-lieu de la puissante seigneurie du même nom, Turenne constituait naturellement un centre d’information notable, auprès duquel les Martellois, qui en dépendaient, venaient obtenir des renseignements ; en revanche les courriers en provenance du nord ne représentaient que 17% du total. La correspondance la plus suivie était dirigée vers l’ouest, qui, du nord-ouest au sud-ouest recevait 37% des messagers envoyés par Martel, et se trouvait à l’origine de 65% de ceux qui y étaient réceptionnés : on retrouve ici l’importance accordée par les consuls à la connaissance de la situation en Périgord et plus particulièrement dans la vallée de la Dordogne, principale voie d’accès des compagnies anglo-gasconnes vers le nord du Quercy. La répartition du reste de la correspondance se faisait comme suit : l’arc est recevait 25% des envois et était le point de départ de 11% des courriers reçus ; quant au sud, il occupait une place marginale, car il n’était la destination que de moins de 1 % des envois.

    Généralement les magistrats cherchaient simplement à connaître la situation globale dans une zone donnée, probablement après avoir reçu une nouvelle alarmante la concernant. Ainsi, ils sollicitaient de leurs alliés « toutes nouvelles sur l’ennemi »[95], ou encore cherchaient à « savoir la situation des ennemis »[96], sans plus de précisions, ces dernières étant logiquement données par le destinataire. Toutefois, les questions étaient parfois plus précises : on demandait si des Anglais étaient passés dans les parages[97] où, en 1355, si on avait des nouvelles de l’armée du prince de Galles[98]. On s’inquiétait aussi des actions menées ou envisagées par les armées royales, comme en septembre 1352 lorsque les consuls demandèrent à leurs homologues de Brive si le connétable se trouvait dans leur cité et ce qu’il entendait faire[99] ; plus simplement, on pouvait s’enquérir de la participation d’autres villes à tel ou tel siège[100]. Le chemin parcouru par l’information était parfois tortueux : alors que les Martellois étaient proches de Souillac occupée par une troupe anglaise (11 km ouest-ouest-sud), ils allèrent, en 1355, jusqu’à Brive (25 km nord) quérir des nouvelles concernant cette derniere[101]. Les renseignements échangés étaient de la même nature que ceux que l’on cherchait soit-même à obtenir : d’ordinaire, on donnait uniquement des éléments sur la situation générale, parfois des détails sur le passage de telle ou telle troupe. Quant aux  événements importants, ils faisaient l’objet de messages rapides : les magistrats avertirent promptement leurs correspondants de Gourdon et de Figeac de la prise de Souillac en 1352[102]. Cette rapidité se retrouve dans la transmission de données « tactiques », telles que les déplacements de troupes ennemies : en 1354, un premier valet fut dirigé vers Sarlat pour signifier au sénéchal le passage d’un détachement anglais près de la ville, bientôt suivi d’un deuxième pour l’avertir que cette compagnie s’en était retournée[103] ; l’année suivante les consuls informèrent en permanence les lieux voisins des entrées et sorties réalisées par les occupants anglais de Souillac[104]. A leur tour, ils pouvaient être informés de périls les concernant, comme le passage de la Dordogne par un détachement ennemi[105], la proximité dangereuse d’une compagnie[106] ou la défaite d’un seigneur français[107]. Les relations entretenues par toutes les municipalités entre elles apparaissent clairement dans une lettre envoyée par les consuls de Gourdon à leurs homologues de Martel le 3 décembre 1373 : les lieux de Tulle, Beaulieu, Vayrac et Brive ayant été pris par les Anglais[108], ils leur demandent d’écrire tout ce qu’ils savent à ce sujet et tout ce qu’ils viendraient à apprendre, eux mêmes s’engageant à les aviser de tout ce qu’ils pourront[109].

    Les hommes qui remplissaient les fonctions de courriers étaient le plus souvent de simples valets. De la même façon que pour les espions, ils devaient être choisis parmi les hommes jeunes et intelligents, connaissant bien le pays et capables d’éviter les compagnies anglaises et les pillards qui l’infestaient. Les mentions contenues dans les comptes montrent qu’usuellement le message à transmettre était contenu dans une lettre ; il semble toutefois que certains d’entre eux étaient transmis oralement : les hommes qui s’en chargeaient devaient naturellement posséder une bonne mémoire. Le contenu de certaines lettres donnaient peut-être lieu à des discussions, devant être tenues obligatoirement avant de faire réponse, ce qui expliquerait l’emploi ponctuel de sergents du consulat comme courriers. On trouve quelques valets nominativement cités dans les comptes, et ces mentions semblent montrer que certains d’entre eux devaient être plus ou moins spécialisés pour les courses dans une direction donnée : Ramon Merlo porta des lettres à Sarlat et à Terrasson en 1351[110], fit de même deux ans plus tard[111], avant de se charger d’une mission d’espionnage dans la première[112] ; Vidal Guitard, quant à lui, apporta des lettres à Figeac par deux fois au printemps 1356[113]. Enfin, un dénommé Raolet, chargé d’emmener des lettres vers l’ouest et le sud-ouest, à Frayssinet en 1353[114] et à Sarlat 3 ans plus tard[115], en porta cependant aussi vers le nord, à Brive[116] : il semble logique que la majeure partie des courriers ait affectionné certains secteurs dont ils connaissaient bien les itinéraires, mais aussi les pièges et les refuges. En dernier lieu, une mention unique concerne l’emploi du meunier de W. Lespinasse comme messager pour porter une lettre à Beaulieu alors que les Anglais en faisaient le siège[117] : il devait certainement connaître un moyen de franchir les lignes des assiégeants, su de lui seul, pour s’introduire dans la place et délivrer son message ; il reçut d’ailleurs un salaire élevé pour s’acquitter de cette tâche, 49 sous soit 5 fois plus que ce qui était donné habituellement pour un courrier se rendant à Gourdon, ville presque deux fois plus éloignée que Beaulieu.

     Nous n’avons pas trouvé de véritable règle de rémunérations des messagers mentionnés dans les comptes. Si des recoupements font apparaître une logique, la rétribution augmentant avec la distance, ce fait est loin de constituer une règle absolue : en 1355 on trouve un courrier payé l’équivalent de 2 journées de manœuvre pour se rendre à Souillac[118] (11 km), un autre touchant sensiblement la même chose pour porter une lettre à Turenne[119] (13 km), le dernier ne percevant que l’équivalent de 2 jours et un quart pour aller à Aurillac[120] (64 km). On retrouve, dans une autre période de l’année 1355, un messager payé plus de 2 journées et demi de manœuvre pour se rendre à Turenne[121], alors qu’un autre n’en touche que les quatre cinquièmes pour aller à Aurillac[122]. D’autre part apparaissent des « anomalies » ici ou là : un courrier rétribué plus de 9 journées et demi de manœuvre pour porter une lettre aux seigneurs de Saint-Michel[123], ou encore le nommé Fornet, qui en toucha deux de moins pour aller à Turenne[124]. Les gratifications données aux messagers envoyés par des tiers, municipalités, nobles ou particuliers, par les consuls de Martel, n’étaient quasiment jamais inférieures à l’équivalent d’une journée de manœuvre, la majorité semblant se situer aux alentours de 2 à 3, avec des exceptions montant jusqu’à 5, voire 7 jours. Une hypothèse peut-être avancée sur le paiement des courriers : payés par le commanditaire en fonction des risques du parcours l’équivalent de 2 à 9 journées de manœuvre, ils recevaient du destinataire une gratification équivalente de 1 à 7 journées suivant l’importance du message transmis.

     Il était nécessaire d’authentifier chaque message transmis afin de rendre inopérantes les tentatives d’intoxications, à l’aide de fausses lettres ou faux messages, éventuellement tentées par un quelconque chef de bande anglo-gascon, dans le but de faciliter la prise d’un lieu fortifié. La procédure d’authentification des messages oraux reste inconnue, aucun document n’y faisant allusion ; toutefois ce type de transmission était moins employé que les lettres, probablement en raison de cette difficulté. En revanche, sur une grande partie des plis conservées[125], il subsiste des traces de cire, ordinairement de couleur rouge, marque habituelle d’authentification pour les actes, le sceau l’était aussi pour la correspondance du consulat ; de la cire était du reste exclusivement achetée dans ce but, ainsi que le montrent deux mentions d’achat, en 1355, de « cire vermeille à sceller les lettres »[126].  

     L’échange de renseignements était d’une importance capitale pour Martel. Il se produisait naturellement au cours des allées et venues de députés et d’envoyés divers, nécessitées par les affaires de la ville, mais le plus souvent il se faisait par le biais de messagers spécialement employés à cet effet. La municipalité, par correspondants interposés, élargissait son champ de vision, précisait ses connaissances sur les bandes anglo-gasconnes et leurs actions, de façon à être toujours correctement renseignée sur ce qui se passait à moins d’une journée de marche de distance, en particulier en direction de la vallée de la Dordogne. Sans parler de système, il semble que l’utilisation des courriers transportant des informations capitales pour la défense des villes procédait d’une certaine logique : connaissant souvent bien tous les itinéraires d’une zone donnée, payés au départ selon le risque de la course, à l’arrivée suivant l’importance du message, ils avaient tout intérêt à transporter avec succès des lettres au contenu essentiel pour les correspondants, à travers des zones infestées de pillards. Ils pouvaient ainsi gagner en deux jours ce qu’un manœuvre mettait plus de 15 jours à obtenir. Ces procédés, mis en œuvre par chaque ville, dont Martel bien sûr, créaient un véritable réseau d’échange indispensable à la défense de tous.

     La collecte du renseignement à Martel ne peut, semble-t-il, se comprendre hors des relations qui l’unissait aux autres villes et aux capitaines des lieux fortifiés de la région. Si les données « stratégiques » recueillies au plus loin, à Paris, La Rochelle ou Toulouse devaient s’échanger aux cours de multiples allées et venues de députés, occasionnées par le fonctionnement habituel de chaque ville, il n’en allait pas de même pour les informations d’ordre « tactique » : leur recherche, organisée par chaque municipalité, se déroulait, en ce qui concerne Martel, principalement à moins d’une journée de marche, et rayonnait quelque peu au delà de ce périmètre ; les renseignements ainsi acquis étaient échangés essentiellement avec des « villes » ou des seigneurs installés dans une zone s’étalant entre une demi et une journée de marche ; si ces correspondants disposaient d’un système analogue à celui que nous venons de décrire, les magistrats martellois étaient informés de façon assez précise sur ce qui se passait dans un espace s’étalant jusqu’à 2 jours de marche, espace mettant largement la ville à l’abri d’une attaque « surprise » opérée depuis des bases lointaines. Quant aux proches alentours de Martel, jusqu’à environ une dizaine de kilomètres de distance, ils étaient très surveillés, et l’échange de renseignements s’y faisait principalement au profit des lieux fortifiés isolés dans cette zone. Ils recevaient bien plus d’informations et de mises en garde de la part de Martel qu’ils ne lui en faisaient parvenir : cette situation semble mettre en avant leur subordination et leur intégration -toute relative-au système défensif de la ville.

     La répartition de la collecte du renseignement permet de voir de quelle façon les consuls pensaient se prémunir des attaques anglo-gasconnes sur le plan « tactique ». Du plus loin au plus près, elle se comprenait de la manière suivante : au-delà d’une journée de marche, on cherchait à déceler ou connaître les éventuels déplacements de troupes susceptibles de vouloir se porter sur Martel ; ensuite, entre une demi et une journée de marche, on surveillait les faits et gestes des bandes les plus dangereuses pour la cité, car installées à quelques heures des murs, soit à peine le temps de mettre la ville en défense ; enfin, à moins de 10 kilomètres et de façon plus intense au fur et à mesure que l’on se rapprochait, se trouvait une zone faisant partie du système de défense des murs, dans lequel le renseignement servait non plus à se prémunir d’actions à court terme, mais directement et quasi immédiatement à essayer de contrer les entreprises ennemies.

Je remercie MM. Christopher T. ALLMAND, Philippe DELADERRIERE, André SALVAGE et le capitaine Pascal TRAN-HUU pour l’aide apportée à la réalisation de cet article.

[1] Aujourd’hui Martel, dép. Lot, arr. Gourdon, chef-lieu de cant.

[2] Allmand (C.T.), Les espions au Moyen Age, dans L’histoire n°55 (avril 1983), p. 35-41, p.36.

[3] Ibidem.

[4] Clausewitz (C. von), De la Guerre, Perrin, 1999, p.82.

[5] Sun Tzu, L’art de la guerre (traduit du chinois et présenté par Jean Levi), coll. Pluriel, Paris, Hachette, 2001, p. 89.

[6] Manuel du sous-officier (TTA 150), imp. Charles Lavauzelle, 1994, titre VI, p.5.

[7] Lartigaut (J.), Nouvelle société et nouveaux espaces, dans Histoire du Quercy, Toulouse, Privat, 1991, (p.91-106),p.104.

[8] Chédeville (A.) / Le Goff (J.) / Rossiaud (J.), La ville en France au Moyen Age, coll. Points Histoire (H247), Paris, Seuil, 1998, p.231-232 : ce chiffre correspond à la population d’une ville provençale capable d’accueillir un couvent franciscain au début du XV° siècle.

[9] Toutes les références d’archives anciennes (BB, CC, EE…) citées en note proviennent des Archives communales de Martel.

[10] Compagnon : ici membre d’une compagnie.

[11] Pour Cajarc, ces traités ont été étudiés par  Louis d’Alauzier, Comptes consulaires de Cajarc (Lot) au XIV°siècle, dans Bulletin philologique et historique (jusqu’à 1715) du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (année 1957) ; Paris ; Imprimerie Nationale, 1958, p.98-103.

[12] Le terme « Anglais » désignait généralement tous les partisans du roi d’Angleterre, qu’ils soient originaires des îles britaniques ou Gascons ; en Quercy, ces derniers étaient de loin les plus nombreux : Jean Lartigaut, en 30 ans de recherches, n’a trouvé que très peu de véritables Anglais mentionnés dans les textes. Dans le présent article, « Français » désigne naturellement les partisans du roi de France, « Anglais » ou « Anglo-gascons » ceux de son rival, le roi d’Angleterre.

[13] Terme synonyme de compagnie ; routier : membre d’une route.

[14] Ce terme contemporain est ici convenable.

[15] Contamine (P.), La guerre au Moyen Age, Paris, PUF, 1999, p. 365.

[16] On trouve plusieurs mentions de ces rapports dans les registres CC 3-4 et BB 5.

[17]  Rigaudière (A.), Gouverner la ville au Moyen Age, Paris, Anthropos, 1993, p.80.

[18] Par exemple : BB5 f°82r°. Les fautifs colportant de fausses nouvelles étaient sévèrement sanctionnés.

[19] Uniquement à Toulouse. 

[20] CC3-4, f°78v°.

[21] Allmand (C.T.), op.cit., p.36.

[22] BB5, f°123r°.

[23] CC3-4 f°80v°.

[24] Ibid., f°79r°.

[25] CC3-4 f°80v°.

[26] Toutes les distances citées dans le présent article sont données à vol d’oiseau.

[27] On les retrouve tous dans les listes, consuls ou conseillers du consulat dans le registre CC3-4, durant les années 1350.

[28] BB5 f°66v°.

[29] CC3-4 f°80v°.

[30] Ibid., f°28v°.

[31] Ibid.

[32] BB5 f°96v° ;CC3-4 f°79r°.

[33] Ibid.